Note analyse I 2021 Polluer moins ici mais détruire là-bas? Webinaire 14 décembre 2020

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Le lundi 14 décembre 2020, le groupe DéFI du Parlement bruxellois , à l’initiative des députés bruxellois DéFI, Nicole Nketo Bomele et Jonathan de Patoul, en collaboration avec l’ONG Justice et Paix et le soutien du CEG, organisait le webinaire « Polluer moins ici mais détruire là-bas ? » sur la face cachée de l’énergie verte. 

 

Comme toute énergie, celle-ci a un coût humain, environnemental et économique que nous ne pouvons pas ignorer. Ce webinaire était l’occasion d’effleurer la complexité de l’énergie verte et de se poser les bonnes questions.

 

Ce webinaire a pu compter sur l’apport précieux et de la contribution des  intervenants suivants : Mme Claire Mathot (ONG Justice et Paix), M. Aymar Nyenyezi Bisoka (Professeur, UMons), M. Benjamin Colas (Administrateur délégué du groupe Wilmet) et M. Romain Gelin (Chercheur, GRESEA). 

 

En matière d’énergie verte, il nous faut passer de l’autre côté du miroir.  Et passer de l’autre côté du miroir, c’est découvrir la face cachée de cette énergie verte qui occupe une place de plus en plus importante dans nos vies.

 

En effet, pour produire de l’énergie verte-et il en faudra de plus en plus pour favoriser à la fois la transition énergétique et lutter contre le dérèglement climatique, nous aurons besoin dans les prochaines décennies de nécessairement plus de ressources en matières premières.

 

Pour fabriquer des batteries de véhicules électriques, des pales et rotors  d’éoliennes, des cellules de panneaux photovoltaïques, des métaux rares composants indispensables de ces produits (cobalt, graphite, lithium, serium, cuivre, néodym) devront être exploités à très grande échelle).

 

Savez-vous qu’il faut une tonne de métaux rares par rotor d’une éolienne off shore? 

 

Ces métaux sont présents dans le sous-sol de pays tels que la République Démocratique du Congo, le Chili, l’Argentine, ou l’Indonésie, mais aussi la Chine.

 

On crée donc les conditions d’une nouvelle dépendance à l’égard de ces ressources mais en même temps on délocalise la pollution dans les pays lointains (cfr infra).

 

Mais la présence de ces métaux essentiels pour faire face à l’offre exponentielle d’énergie verte dans le monde n’est pas éternelle.

 

On risque sérieusement d’assister à l’horizon 2050 ou 2060 à une raréfaction de ces matières premières.

 

De surcroît, l’exploitation et la transformation de ces métaux rares suscitent des dommages collatéraux humains et environnementaux : utilisation de main d’oeuvre infantile, utilisation d’eau en très grande quantité, rejet sauvage des eaux usées avec risque de contamination posant d’importants problèmes de santé publique, émanations toxiques provenant des raffineries de graphite…

 

L’exposé n°2 de M Bisoka évoquera notamment les conditions très précaires des enfants travaillant dans les mines de cobalt du Katanga (RDC) mais notons par exemple que pour extraire le lithium , il faut nécessairement évaporer l’eau où il est contenu : ce sont ainsi 430 milliards de litres d’eau qui ont été perdus sur le seul plateau d’Atacama (Chili) , désert de sel le plus ancien de la planète, qui regorge de 40% des réserves mondiales de lithium, minerai essentiel pour la fabrication des batteries des voitures électriques et hybrides.

 

Ou encore que faire des 30000 tonnes de pales d’éoliennes à recycler chaque année en Allemagne ? 

 

Dans son exposé n°3, M Colas nous a démontré que le recyclage, dans le cadre de la progression ascendante des technologies vertes, était au coeur de notre réflexion.

 

Le remarquable documentaire d’ARTE “La face cachée des énergies vertes” a mis récemment en lumière avec acuité ce paradoxe qui est au cœur du sujet du webinaire: n’est-on pas en train de délocaliser la pollution ? Est-ce que cette demande affolante d’énergie verte n’est pas en train de détruire des écosystèmes dans des pays d’Afrique, d’Amérique du Sud, ou d’Asie extrêmement riches en minerais précieux?

 

L’Institut Momentum assène cette assertion : Pour faire du propre, il faut faire du sale.

 

Dans ce documentaire, le directeur du CNRS de Grenoble affirmait qu’en trente ans il faudra produire autant de cuivre que ce qu’il nous en aura fallu depuis le début de l’histoire de l’humanité…

 

Les  intervenants à notre webinaire nous ont permis d’explorer les différentes facettes de ce problème trop rarement abordé, parce qu’il touche effectivement à la transition économique et énergétique de nos sociétés des énergies fossiles vers les énergies vertes: l’exploitation des minerais , le cas particulier de la République Démocratique du Congo , le recyclage indispensable (pensons aux pales et rotors d’éoliennes) et les perspectives (réduction de consommation d’énergie? Décroissance? Transition écologique? Est-ce que la transition écologique n’est-elle pas avant tout une transition économique?  

 

La présente note d’analyse est également l’occasion de remercier chaleureusement toute l’équipe de communication de DéFI sans laquelle ce webinaire n’aurait pu voir le jour.

Christophe VERBIST

Directeur du Centre d’Etudes Jacques Georgin

Note analyse 1 2021 CEG Polluer moins ici mais détruire là-bas (2)


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